Rouen, une ville indécise pour une région qui s’interroge sur son avenir.

 

Faut-il réunir la Normandie ? Quel y sera le statut de Rouen ?

Quelles sont les ambitions de la ville et qu’est-ce qui l’empêche de les satisfaire ?

 

I.  Réunir la Normandie ?

 

A l’heure actuelle, 2/3 des « Normands » seraient favorables à la création d’une « Grande Normandie ». La question normande est un cas d’école qui illustre à merveille la complexité du système administrative français. Les détracteurs du maintien de la  séparation  du territoire de l’ancien duché indépendant de Normandie  (911, création de l’entité) arguent que cela coûte trop cher (le montant exact des dépenses relatives à ce sujet reste confidentiel) en période de crise financière.  L’argument est aussi culturel : selon le  géographe Armand Frémont « Deux petites Normandie, c’est une absurdité ».  On est Cauchois, Havrais, mais non « Normand » et encore moins « Haut » ou « Bas » Normand » , même si nous ne sommes plus au temps du « horsain » ; ainsi les paysans cauchois nommaient-ils l’étranger. La perception que les Normands ont d’eux-mêmes témoigne d’un attachement aigu à leur terre natale que Gustave Flaubert ou Guy de Maupassant n’ont pas cessé de manifester.   La division de la Normandie en deux régions en 1956 a contribué à mettre -provisoirement-un terme à la rivalité entre Caen et Rouen. Ainsi, on est en droit de se demander : si réunification, quelle capitale régionale ? La plus équitable semble être celle qui place Rouen comme siège du conseil général, tandis que Caen se verrait attribuer le titre de préfecture régionale. Mais comment concilier deux régions qui ont choisi des destinées si différentes les unes des autres ? Rouen est, à l’image de sa région, une lointaine zone industrialo-portuaire de Paris, ce qui handicape la ville et son agglomération (550.000 hab.) dans ses prétentions à devenir capitale d’une Normandie réunifiée. En somme, Rouen et sa région ne sont que la façade littorale des Parisiens, que ceux-ci ont transformés en espaces de loisirs (casino à Deauville, côtes du Calvados où se situent les plages du Débarquement, 6 juin 1944). De plus, les Franciliens privilégiant cette destination le temps d’un week-end ou d’une journée, la frontière entre les deux régions s’efface dans les esprits. De ce fait, de nombreux Parisiens issus de catégories socioculturelles modestes, chassés de la capitale à cause de l’inexorable montée des prix dans la Ville Lumière mais souhaitant également  échapper à son stress et vivre au mieux leur retraite  choisissent la Haute-Normandie pour se « rapprocher de la mer ». La trop grande proximité de Paris empêche d’une part Rouen de polariser son espace, mais d’autre part le développement d’une véritable indépendance de la Haute-Normandie.

En effet, Le Havre, 184.000 habitants, port  fondé en 1517 par François Ier comme base d’embarquement pour l’Angleterre et détruit à 85 % en 1944, situé à l’estuaire de la Seine, est le poste avancé de Paris. La reconstruction est confiée à l’architecte André Breton et témoigne entre autres d’une utilisation systématique du béton armé, support préféré de Breton, et d’une rigueur mathématique.  Le Havre présente l’avantage d’être un port de la Northern Range  avec des performances encourageantes, voire flatteuses : 1er rang français, 40 % des importations de pétrole brut avec 80 millions de tonnes (voir section « Développements »  sur les contraintes imposées par le pétrole brut). La cité entend affirmer cette position maritime de premier choix grâce au projet « Port 2000 », qui se veut le « port du XXI ème siècle ».

Les conditions sont analogues à Cherbourg-Octeville (50.000 hab.) si ce n’est que, comme le vérifie cette citation d’André Singfried « Cherbourg n’est en réalité qu’un ancien gros village vivant par et pour l’Etat » et qui ne s’est développé qu’autour de son arsenal.

Alors que Caen, située à 15 km de la côte, revendique une position d’intermède privilégié entre la mer et l’intérieur des terres (qui elles ne disposent pas de réel relais de communication).  Son emplacement présente l’avantage, par rapport à sa rivale Rouen,  d’être une charnière entre le Grand Ouest et le Bassin Parisien et s’oriente (non sans mal) vers l’électronique et les semi-conducteurs notamment.

Les contraintes de la mondialisation devra conduire à un rapprochement entre Cherbourg, Le Havre, et Caen (en 1990 a été lancée l’idée d’une « Normandie Métropole ») sans faire disparaitre, du moins à court terme, les rivalités existantes.

Développements :

–          Le pétrole brut nécessite une étape de transformation en plus (par rapport au charbon et au gaz naturel)  avant son extraction. Le transport, qu’il s’effectue par voie terrestre ou maritime, se doit de maitriser les risques liés à l’inflammabilité de ce produit. Port 2000 devra composer avec ce problème s’il souhaite se confirmer comme étant le « Port du XXI ème siècle »

–          Le risque industriel est très élevé en Haute -Normandie et menace environ 2 millions de personnes.  50 sites sont classés Seveso et font donc l’objet d’une surveillance très stricte. Penly (non loin de Dieppe) est une centrale nucléaire existante, tandis que l’EPR de Flamanville (près de Cherbourg),  (European Pressurized Reactor)  très controversé, est en projet et devait être achevé en 2012.  Son but est de permettre un renouvellement des anciennes centrales nucléaires.  Les filières qui découlent des installations nucléaires pourraient permettre de créer des emplois.

Rouen, Caen, Cherbourg et Le Havre ; la Normandie: quel avenir?

Advertisements

4 réflexions sur “Rouen, Caen, Cherbourg et Le Havre ; la Normandie: quel avenir?

  1. VéroK dit :

    Avec la nouvelle année, revoilà l’attendu article mensuel d’avenirural qui nous fait voyager ET réfléchir !
    Beaucoup d’apports à la question normande.
    Je me permets quelques conseils. Par exemple, je recommande d’introduire la présentation par des informations générales. Population globale de la Normandie et de ses 2 régions, ainsi que des différents villes. Ceci permettrait de situer les villes les unes par rapport aux autres, car même si on trouve les données dans le corps du texte, il est parfois difficile de comparer. Une carte de la région serait également la bienvenue.
    Et un peu d’exigence ne nuisant pas, des photos seraient un plus.
    J’aimerais aussi avoir en introduction un point de vue justifiant la pertinence du traitement de cette question aujourd’hui.
    Bravo pour ce travail !

  2. La mise en service de l’EPR de Flamanvile est prévue pour 2016 aux dernières nouvelles. Une coquille sans doute.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s