Un élevage porcin en Bretagne

Durant ces vacances, j’ai eu le privilège de visiter un élevage porcin à Plounévézel (29). J’ai été chaleureusement accueilli par le propriétaire et sa femme. Celle-ci est titulaire d’un BTS dont je n’ai pas pu retenir l’intitulé exact. Le mari est quant à lui titulaire d’un baccalauréat agricole. Impact sur l’environnement, bien-être des animaux mais aussi viande « halal »… toutes ces questions ont été abordées dans une sérénité remarquable par le gérant.

Je fus tenu, à mon entrée dans le complexe agro-alimentaire, de respecter certaines règles de protection sanitaire, parmi lesquelles le port d’une charlotte, ainsi que d’une combinaison par-dessus mes habits. Le Pédisac est également une obligation. L’éleveur m’a précisé que chaque personne entrant dans le bâtiment, qu’il s’agisse de vétérinaires, de techniciens, de contrôleurs divers, est tenue de respecter ce protocole, afin d’éviter la prolifération de bactéries, ou bien de virus. Les cochons entrants dans l’élevage sont mis en quarantaine afin de subir une batterie de tests médicaux. L’idée, sur le long terme, est de proposer la meilleure viande au consommateur, et ce afin d’aider le porc français à se démarquer de la concurrence allemande, ou bien chinoise. Si besoin est, les animaux sont en effet isolés, soignés, et au besoin, transférés vers l’infirmerie.

Les différentes étapes de la vie d’un cochon.

Une truie donne naissance à douze porcelets en moyenne. L’éleveur a préalablement fait passer le verrat, mâle autorisé à fréquenter les femelles afin de savoir si celles-ci sont aptes à la procréation. Lors de la naissance des petits, l’éleveur est censé tenir un contrôle technique. Il peut par exemple constater qu’une truie croque ses petits, ce qui est susceptible d’arriver. Dans ce cas, l’événement doit être notifié au sein du cahier des charges. La période de maternité suit logiquement celle de la naissance, c’est celle du fameux « 333 » – trois mois, trois semaines, trois jours-. Le jeune porc pèse à ce moment donné 1,5 kg. Une fois la période du « 333 » écoulée débute celle du post- sevrage, qui dure un mois. S’ensuit celle de l’engraissement, où l’on note une prise de poids pour le moins considérable : le porc pèse environ trente degrés lorsque l’engraissement débute. Le départ pour l’abattoir se fait lorsque le porc pèse environ 115 kg.

L’alimentation est stricte : les céréales (notamment l’orge, que j’ai eu le privilège de toucher), occupent environ 75 à 80 % de l’alimentation distribuée. Le soja, le colza ou encore le tournesol sont également concernés à hauteur de 15 à 20 %. Enfin viennent les minéraux et oligo-éléments. L’aliment est fabriqué dans des usines spécialisées dans ce domaine. La nourriture est distribuée au porcs sous forme de granulés et de soupe.

Les questions environnementales

Lorsque je choisis de me montrer plus insistant concernant l’impact de l’activité porcine sur l’environnement, on m’explique le mécanisme du lisier, un engrais naturel. Comme expliqué ci-dessus, les porcs sont nourris grâce aux céréales issues des plantes. C’est cette action qui donne naissance au lisier, constitué à 95 % d’eau, et seulement de 5 % de matière sèche. Le lisier est ensuite stocké dans une fosse (j’aurais aimé vous en fournir une photo mais cela ne m’a pas été autorisé, j’ai donc dû jouer le jeu). Le lisier est ensuite épandu en lieu et place de l’engrais minéral. Néanmoins, je ne suis pas convaincu par ce raisonnement quelque peu simpliste, qui n’offre aucune solution à la prolifération des fameuses algues vertes au sein des nappes phréatiques.

Etre éleveur de porcs.

Bien entendu, c’est l’éleveur qui, en premier lieu, défend sa profession face à la concurrence allemande, qui est la plus à même de menacer la filière porcine française. « Il y’a distorsion de concurrence. L’Allemagne n’est traditionnellement pas productrice de porcs, mais c’est l’absence de SMIC en Allemagne qui joue en notre défaveur ». La main d’œuvre employée provient essentiellement d’Europe de l’Est, et elle est prête à accepter cinq euros de l’heure environ. Face à la concurrence, les éleveurs porcins tentent d’améliorer leur image auprès du grand public, et c’est pourquoi j’ai posé une question à la femme de l’éleveur : « Etes-vous gênés par le développement de la filière « halal », qui exclut le porc de ses circuits agroalimentaires ? ». Mon interlocutrice me répond « On est pas gênés. C’est juste que certaines cantines scolaires ou bien d’entreprise choisiront de se fournir exclusivement en viande halal, ça nous empêche d’avoir un débouché supplémentaire. » Avant d’ajouter que « je n’ai aucun problème avec les gens qui consomment halal, mais ils ne faut pas qu’ils nous empêchent de travailler. »

Soucieux d’améliorer l’image de son secteur, le responsable de l’élevage me fournit un petit dépliant coloré, agréable à lire, publié par les éleveurs de procs de Bretagne. Selon elle, l’activité est particulièrement viable d’un point de vue économique : 30 % des emplois bretons sont impliqués dans l’agro-alimentaire et l’agriculture (je vous renvoie au premier article de ce blog : « Le modèle agricole breton ». En vingt ans, un milliard d’euros a été investi dans l’activité. Enfin, 90 % des éleveurs bretons sont impliqués dans des cahiers des charges qualité, ceux-ci comprenant un cahier de fertilisation agricole ou encore un plan d’épandage.