La place encore dominante de l’agriculture

 

  1. A) Une profonde mutation socioéconomique du monde agricole

Les agriculteurs sont aujourd’hui de moins en moins nombreux et de plus en plus vieillissants.

3 agriculteurs sur 4 ont disparu depuis 1950

La part de la population active agricole est passée de 50% en 1900 au début du XXe siècle, à 27% en 1955, à 14% en 1970 et à 3,3% aujourd’hui.

En moins d’un siècle, le secteur agricole a perdu l’essentiel de ses forces vives, parties travailler dans d’autres secteurs de l’économie. En 1900, la moitié des Français travaillait encore dans l’agriculture. La France comptait au lendemain de la seconde guerre mondiale, en, 1955, près de 4 millions d’actifs agricoles. En 2010, le nombre d’actifs agricoles est aujourd’hui inférieur à 1 million, soit précisément 716 000 personnes qui travaillent de manière régulière dans les exploitations agricoles en France métropolitaine

L’accélération des progrès techniques dans tous les domaines (machinisme, mécanisation des tâches, culture, élevage…) a rendu possible cet exode rural. On pouvait produire de plus en plus avec moins de main-d’œuvre. Depuis le début des années 2000, les effectifs agricoles continuent de baisser au rythme d’environ 10 000 par an. Avec près de 30 000 départs d’exploitants chaque année. La création et la transmission d’exploitations posent aujourd’hui problème. Sur les vingt dernières années, le nombre d’installations n’a cessé de chuter et désormais, pour un jeune agriculteur s’installant, quatre partent à la retraite.

Aujourd’hui,  un habitant des campagnes sur 10 travaille dans l’agriculture contre 1 sur 3 il y a 40 ans.

3 agriculteurs sur 4 ont disparu depuis 1950. Au début du XXIe siècle, les agriculteurs ne forment plus qu’un groupe minoritaire au sein de la société rurale.

A cette diminution du nombre d’actifs s’observe un vieillissement de la population agricole : lors du dernier recensement agricole réalisé en 2010, Les exploitants agricoles sont majoritairement âgés de 40 à 60 ans (61 %) 23% ont moins de 40 ans et  21% des actifs ont plus de 60 ans.

Les agriculteurs sont plus âgés, moins souvent issus d’une famille d’agriculteurs et le métier d’agriculteur relève désormais d’un choix personnel, et non plus d’un quasi déterminisme familial. Ils sont dissuadées par des conditions de vie difficiles –durée élevée du travail, accidents professionnels plus nombreux, temps de loisirs réduits…– et par des perspectives de revenus moindres, les femmes s’investissent de moins en moins dans le secteur primaire et celles qui y sont actives tendent de plus en plus à le quitter. En 2010, 27% des exploitants sont des femmes, contre 24% en 2000. Les femmes sont particulièrement bien représentées dans la viticulture et l’élevage hors élevage bovins. On les trouve plus fréquemment que les hommes dans les âges avancés, du fait notamment de la reprise de l’exploitation par la conjointe lors du départ à la retraite, ou le décès, de l’exploitant.

Les exploitations agricoles se sont ouvertes à des activités non strictement agricoles. Parmi les agriculteurs professionnels, la proportion de foyers disposant de revenus d’activité ne relevant pas du secteur primaire n’a cessé de s’accroître depuis 1997 pour dépasser aujourd’hui la moitié d’un Smic net dans un foyer sur trois. Cette place accrue des activités non agricoles, qui provient de l’emploi du conjoint à l’extérieur de l’exploitation, permet d’augmenter très nettement le revenu global de ces foyers et de réduire les disparités de revenus. Dans de nombreux ménages agricoles, l’exploitant est exclusivement agriculteur tandis que son conjoint, qui participe de moins en moins aux travaux sur l’exploitation, occupe à l’extérieur un emploi salarié d’ouvrier, d’employé ou de cadre intermédiaire.

Le recours à des prestataires de services par l’exploitant agricole s’est largement développé : gestion des exploitations –recours à des courtiers, comptables, juristes…–, mais aussi pour les activités agricoles elles–mêmes – préparation des terres, traitements phytosanitaires, collecte du lait…–,

Contraints d’atteindre des rendements élevés pour survivre, le monde agricole a délibérément joué la carte de la modernisation et de l’innovation. Il a su utiliser d’importants moyens de production issus de l’industrie –machines–outils et robots, engrais, produits phytosanitaires, aliments d’élevage…– et s’appuyer sur une sélection de variétés et de races à haut rendement. Aujourd’hui, le monde agricole est entré de plain–pied dans les nouvelles technologies de l’information et des communications, de nombreuses tâches étant aujourd’hui automatisées et gérées par ordinateurs.

L’Internet est désormais couramment répandu dans les foyers agricoles, où il est présent à plus de 60 % début 2007 –soit un taux comparable à celui de la moyenne française–, permettant par exemple qu’un tiers des déclarations de demandes d’aides PAC soit aujourd’hui réalisé en ligne.

Cette technicisation des activités primaires a porté ses fruits puisque le secteur a connu des gains de productivité records depuis la fin des

années 60. En effet, la très forte baisse de l’emploi agricole va de pair avec une augmentation de la valeur ajoutée en volume. Un agriculteur français nourrit désormais 60 personnes à lui seul, contre 15 il y a quarante ans.

Le nombre des exploitations agricoles continue de baisser régulièrement. La France comptait 2,5 millions d’exploitations agricoles en 1955. En 2010, 500 000 ont été recensés. Le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par quatre en cinquante ans, passant de plus de 2 millions à 500.000 en 2010.

Cette diminution du nombre des exploitations agricoles s’est accompagnée d’un accroissement progressif de leur taille.

La taille moyenne des exploitations a triplé en 50 ans en France métropolitaine : 14 hectares en 1950 contre 55 Ha aujourd’hui. Nous sommes donc en présence d’exploitations moins nombreuses mais plus vastes. Les productions agricoles se concentrent dans des unités de plus en plus grandes. On observe une nette progression du nombre des grandes et moyennes exploitations familiales et à l’opposé la disparition progressive des petites exploitations peu rentables économiquement. Les plus grandes exploitations se concentrent en IDF, en Picardie et dans le Centre, alors que le pourtour méditerranéen, les alpes et le sud-ouest se caractérisent par une forte dispersion de petites exploitations.

L’agrandissement des exploitations se double d’une concentration des terres agricoles et d’opérations de remembrement. Le remembrement est une opération qui vise à redistribuer les parcelles en les regroupant dans des ensembles plus vastes et plus faciles d’accès. C’est le regroupement de parcelles agricoles en un seul tenant pour en faciliter l’exploitation. Il contribue à remédier à une dispersion et à un émiettement des parcelles agricoles et facilite la mécanisation. En regroupant des parcelles de faibles superficies ou trop dispersées, le remembrement réduit les temps et les coûts d’exploitation et facilite et optimise le travail de l’agriculteur en limitant ses déplacements

B Des exploitations de plus en plus grandes

Un phénomène de concentration accompagne ce mouvement. Les exploitations, moins nombreuses, s’agrandissent en reprenant les terres libérées par celles qui disparaissent. La tendance à l’agrandissement s’observe quelle que soit l’orientation de l’exploitation.

  1. La réduction des terres agricoles

Le territoire agricole occupe 32 (27) millions d’hectares sur les 55 que compte la France métropolitaine. Les bois et les forêts recouvrent près de 16 millions d’hectares et le reste, soit environ 7 millions d’hectares, représente le territoire non agricole (soit les sols bâtis et les espaces naturels tels que fleuves, lacs ou glaciers).

La SAU (La SAU comprend les terres arables –c’est-à-dire les terres labourables ou cultivables–, la superficie toujours en herbe et les cultures permanentes) diminue régulièrement depuis un demi-siècle au profit des superficies boisées, soit plus de 30 000 ha en moyenne chaque année. La pression d’origine urbaine sur les terres agricoles ne cesse de croître. Plus de 60.000 hectares de terres disparaissent chaque année, dont la moitié de terres arables, soit l’équivalent d’un département français tous les dix ans. Cette artificialisation des terres est due à la fois au développement de l’habitat, des voies de circulation, des zones d’activité économique et des zones de loisirs. Ce phénomène, dont l’intensité s’accroît, se concentre sur les terres les plus fertiles comme celles du Bassin parisien. De plus, l’arrivée de néo–ruraux, qui investissent fréquemment dans le bâti ancien, contribue à raréfier l’offre d’immobilier et à renchérir les prix.

Sont particulièrement touchées les zones attractives d’un point de vue résidentiel, telles que les régions méditerranéennes, du sud–ouest et de la région alpine. Il en découle une difficulté croissante pour les agriculteurs à se loger sur ou à proximité de leur exploitation, notamment chez les plus jeunes d’entre eux, candidats à l’installation.

Le recul de la SAU s’est fait au bénéfice des espaces non agricoles : les bois et forêts occupent près de 16 millions d’hectares. Le territoire non agricole (7 millions d’hectare) est occupé par les zones urbaines et les réseaux de voirie.

 

  1. Un secteur industriel très présent
  2. Les caractéristiques spécifiques de l’industrie rurale

Plus des deux tiers des emplois industriels sont en effet localisés dans les espaces périurbains et ruraux, et cette part est croissante depuis une trentaine d’années. Certaines industries sont surreprésentées dans l’espace rural : les industries agroalimentaires (IAA), les industries de biens intermédiaires et la construction.

Les industries rurales forment un tissu d’entreprises hétérogène, marqué par la présence à la fois d’usines héritées du siècle dernier, d’entreprises transférées avec l’aide des pouvoirs publics dans le cadre de la politique de décentralisation industrielle des années 60-70 et d’autres plus récentes attirées par les initiatives des intercommunalités.

La répartition spatiale de ces industries montre que certaines régions rurales en sont particulièrement pourvues. Il s’agit du massif du Jura, de l’Ardèche, des plateaux de l’est (Ardennes, Haute–Marne, Haute–Saône, Moselle), le Massif Central, la Haute–Savoie, une partie de la Normandie, les Vosges et l’Alsace. Dans ces zones, de nombreux cantons ruraux ont encore plus de 40 % de leurs emplois dans l’industrie. En conséquence, dans la plupart des régions rurales, l’emploi industriel devance l’emploi agricole : on compte aujourd’hui quatre ouvriers pour un agriculteur dans l’espace à dominante rurale.

Globalement, on observe une meilleure résistance à la crise des établissements industriels localisés en zone rurale, du moins en termes d’effectifs employés. Dans les années 90, où les emplois industriels des zones rurales et périurbaines ont augmenté de 4,8 % là où ils diminuaient de 15,5 % dans les pôles urbains

Les entreprises anciennes, héritées de l’industrialisation du

19ème siècle et qui n’ont pas pu ou su se moderniser, continuent de disparaître dans des branches comme le textile, le cuir, la chaussure et l’ameublement, surtout dans les bassins d’emploi où elles étaient en situation de mono industrie.

En revanche, se développent avec succès celles des industries investissant des secteurs porteurs, s’appuyant sur des ressources et des initiatives locales.

Le site du plateau de Saclay, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris, en est un bon exemple. Marqué par une longue tradition agricole, il est devenu un important pôle d’enseignement, de recherche et de développement à partir des années 1960, jusqu’à devenir en 2005 un pôle de compétitivité reconnu comme étant « d’envergure mondiale ». Il fédère aujourd’hui de prestigieux acteurs dans les domaines de l’enseignement supérieur (Ecole polytechnique, Supélec, Ecole des hautes études commerciales …), de la recherche publique (Commissariat à l’énergie atomique, Institut national de la recherche agronomique …) et du développement industriel (Thales, Danone, Motorola …). Plusieurs technopoles de ce type, servant de support aux industries les plus pointues, ont essaimé en France dans des zones rurales ou périurbaines, comme Inovallée, dans la vallée du Grésivaudan, près de Grenoble ; Sophia Antipolis, près d’Antibes ; la technopole du Futuroscope à Poitiers.

Le coût du foncier est moindre dans les communes rurales pour attirer les investisseurs ; l’octroi d’un permis de construire est facilité dans le cas d’une usine constituant le seul employeur à l’échelle d’une commune.

En zone rurale, le transport de marchandises est aisé lorsque  les conditions de circulation sont suffisamment développées et que l’offre de transport est bien implantée. Les chefs d’entreprise font en outre remarquer que les transports ne sont pas un problème dès que l’entreprise est implantée à moins d’une demi-heure d’un accès autoroutier, à moins de trois quarts d’heures d’une ville d’importance régionale, à moins d’une heure d’un aéroport et si l’aller-retour à Paris est envisageable dans la journée. Les cadres de l’entreprise industrielle peuvent avoir accès sans retard aux banques de données, aux services, à leurs clients et fournisseurs qui peuvent se trouver dans des grandes villes.

Les activités industrielles les plus présentes en milieu rural : bois, papier, métallurgie, équipements mécaniques, industries agroalimentaires, plasturgie, textile-habillement, cuir, automobile, la construction navale, aéronautique et ferroviaire. Ce sont des usines traditionnelles fortement employeuses de main d’œuvre rurale et utilisatrices de ressources locales pour la fabrication des productions.  Néanmoins les activités de l’agroalimentaire, de la métallurgie, du textile, du bois voient disparaître plus d’unités de production dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

L’emploi industriel est bien représenté en milieu rural : les campagnes concentrent 36 % des emplois industriels français. L’emploi industriel y est en moyenne deux fois plus important que l’emploi agricole et agroalimentaire. L’agroalimentaire fournit un quart des emplois industriels en milieu rural. Les industries de fabrication de biens intermédiaires assurent 45 % des emplois ruraux

Au plan de l’emploi, en milieu rural, les domaines d’activités les plus fortement pourvoyeurs d’emplois sont les IAA (25% des emplois), l’automobile (10%), la métallurgie (11%) et les équipements mécaniques (9%).

Autre caractéristique de l’industrie en milieu rural : les petites et moyennes entreprises y dominent.

  1. Usines à la campagne :

Les usines picardes en milieu rural

Il existe des dizaines d’usines au milieu des champs de Picardie ou dans les petits bourgs. Ces implantations permettent aux industriels de trouver des terrains à bas prix, à la population rurale de se maintenir et à des industries plus diversifiées de se réimplanter après le sinistre de l’industrie textile et la concentration de l’industrie sucrière.

Les usines en milieu rural de l’Oise

En plein champ, usine d’Avrechy, plastiques thermoformés
Usine de plastiques thermoformés, Avrechy Crédits : CRDP d’Amiens

L’usine, récente, a été créée en plein milieu rural, à mi-chemin des villes de Clermont et de Saint-Just.

Elle a trouvé là, à bas prix, un vaste espace, d’accès aisé pour ses salariés comme pour les camions de livraison, tout près des autoroutes A1 et A16.

Elle emploie 150 personnes à la réalisation de moules en plastiques thermoformés.

Usine Cornilleau à Bonneuil
Usine Cornillau, Bonneuil Crédits : CRDP d’Amiens

En plein plateau picard, entre Amiens et Beauvais, au milieu des champs de blé se dressent les bâtiments de l’usine Cornilleau où cinquante personnes fabriquent des tables de ping-pong mondialement réputées.

Cornilleau conçoit et fabrique, depuis 1946, des tables de ping-pong, des raquettes, des balles et des accessoires.
La petite scierie familiale de Bonneuil les Eaux, dans l’Oise, a évolué. Au fil des années, Cornilleau est devenu leader du ‘marché pongiste’ en France, et propose toute une gamme de tables innovantes (ergonomie et sécurité), à l’origine d’un fort développement. D’innovation en innovation, les tables Cornilleau sont devenues de plus en plus performantes, et résistantes à toutes conditions climatiques.
En ce qui concerne les raquettes, leur design (unique) favorise l’ergonomie et procure une très bonne prise en main
Le plus de Cornilleau ? Des processus de fabrication très efficaces et des contrôles de qualité soignés garantissent la qualité jusqu’à son moindre détail.
Toutes les produits Cornilleau sont fabriqués en France.

Usine Yves Saint-Laurent à Lassigny
Usine Yves Saint-Laurent, Lassigny Crédits : CRDP d’Amiens

Des activités, jadis très parisiennes, comme la fabrication de parfums, ont été récemment implantées dans les campagnes picardes.

Telle cette usine installée dans un petit chef-lieu de canton rural qui produit divers parfums et produits cosmétiques de luxe, les stocke et les distribue.

Proximité immédiate de l’autoroute A1, faible éloignement de Paris, environnement agréable des grandes forêts du sud de la Picardie, vastes terrains disponibles à faible coût, présence d’une main-d’oeuvre féminine sérieuse et peu coûteuse motivèrent ce choix d’implantation. L’usine emploie 700 salariés.

Usine Airelec à Esquennoy
Usine Airelec, Esquennoy Crédits : CRDP d’Amiens

À Esquennoy, sur le plateau picard, quelques exploitations dont on remarque les batiments, exploitent des parcelles de taille moyenne (1 à 3 ha) semées en blé (vert sombre), en orge (vert clair), en betteraves (vert laissant entrevoir le sol beige) et, près du village, quelques pâtures.

En haut à droite : l’usine Airelec qui emploie 170 personnes à la fabrication de convecteurs électriques.

Usines en milieu rural dans l’Aisne

Usine de construction électrique à Bohain
Usine de câbles électriques, Bohain Crédits : CRDP d’Amiens

Propriété d’une filiale de la firme Alcatel qui possède deux autres usines de ce type dans l’Oise (à Montataire et à Paillart) celle-ci emploie cent soixante-dix personnes à la production de câbles électriques divers.

Bohain, 7 000 habitants, apparaît bien placée au nord de la Picardie sur la grande voie ferrée Paris-Saint-Quentin-Charleroi-Namur-Liège-Ruhr.

Usine Materne à Boué-en-Thiérache
Usine Materne, Boué-en-Thiérache Crédits : CRDP d’Amiens

La confiturerie de la Thiérache à Boué date de 1881.

Depuis 2006, Materne appartient au groupe MOM composé des sociétés Mont Blanc et Materne.

Usines en milieu rural dans la Somme

Usine Sapsa Bedding, ex- Pirelli à Saleux
Usine Sapsa-Bedding (ex-Pirelli), Saleux Crédits : CRDP d’Amiens

La Selle, comme la plupart des rivières picardes, vit s’édifier sur ses rives, au XIXe siècle, un chapelet d’usines pour la plupart textiles.

Après la crise du textile, ces usines devinrent des friches.

Certaines ont été réaménagées, accueillent de nouvelles activités : petite métallurgie, entrepôts…

D’autres, rasées, sont remplacées par des bâtiments modernes : ainsi à Saleux, Sapsa Bedding, ex- Pirelli, fabrique des matelas en mousse (la cheminée blanche à l’arrière-plan est celle de ces nouveaux ateliers).

 

 

 

III. Un nouveau tertiaire rural en émergence

 

  1. Une activité de service encore polarisée sur la demande locale

D’une façon générale, les activités de service sont concentrées dans les aires urbaines. La ville reste en effet traditionnellement un espace propice à leur développement avec  un accès facilité aux marchés, à l’innovation, à la formation, aux économies d’échelle…

Les services à la population constituent l’essentiel du secteur tertiaire rural.

Les services à la population couvrent un
large éventail d’activités essentielles à la vie des
personnes et des familles. En milieu rural, généralement
caractérisé par une faible densité démographique, ils sont
un élément clé du maintien des populations.
Ce qui soulève des questions telles que la proximité et
l’accessibilité des services pour les utilisateurs,
leur fréquence d’utilisation, l’isolement des prestataires,
la concurrence des services urbains à laquelle les
prestataires ruraux sont confrontés.

Les zones rurales accueillent de nombreux services à la personne : services de santé en particulier, en rapport avec le vieillissement des populations.

On entend par services à la population tous les services rendus directement ou indirectement aux personnes et/ou familles, répondant à des besoins individuels et/ou collectifs à caractère économique, social ou culturel. Ce qui inclut notamment:

  • les services économiques de base tels que la fourniture d’eau et d’électricité à usage domestique, le ramassage des ordures ménagères, le traitement des eaux usées, etc.;
  • les services sociaux de base tels que l’éducation (école) et la santé (médecin, pharmacien, hôpital, ambulance);
  • les autres services sociaux (services à domicile, appui à la petite enfance, aux personnes âgées, etc.);
  • les services de sécurité (police, gardiennage);
  • les services de transport;
  • les services de communication (poste, téléphone);
  • les services d’information;
  • les commerces (épicerie, boulangerie, etc.), fixes ou ambulants;
  • les services culturels et de loisirs.

Tout comme l’emploi et la création d’activités, les services à la population sont aujourd’hui un facteur essentiel pour le maintien des personnes en milieu rural. Ils sont également à la source de nouvelles formes de solidarité et de cohésion sociale. Or la mise en place, le maintien et le renouvellement des services à la population en milieu rural sont confrontés à la faible densité démographique

L’implantation de plus en plus fréquente de jeunes foyers dans certains secteurs ruraux ou périurbains engendre également des besoins de services importants en matière sociale, éducatives et de loisirs.

Il s’agit donc pour ces territoires ruraux de développer des secteurs d’activité porteurs de dynamisme et d’emplois tels le commerce et l’artisanat ; il s’agit également de développer des offres de services correspondants aux besoins de cette population rurale.

Les campagnes attirent encore peu les activités du tertiaire associées à l’industrie, telles que le commerce de gros et les services aux entreprises. 9% seulement des établissements de services aux entreprises sont représentés en zones rurales.

Les services en milieu rural restent fortement liés à la présence de la population locale ainsi qu’aux autres secteurs traditionnellement moteurs de l’économie locale que sont l’agriculture et l’artisanat.

Entreprises informatiques ou d’infographie, comptables, professionnels du tourisme et des nouvelles formes de loisirs, professionnels de la santé s’implantent de plus en plus aujourd’hui en milieu rural. Une municipalité peut créer des activités à caractères touristique ou social.

Les communes rurales subissent un déclin plus fort que les unités urbaines pour certaines activités de proximité.

Ainsi, le commerce de chaussure, de maroquinerie et d’articles de voyage perd davantage d’établissements qu’en milieu urbain, et son chiffre d’affaires chute de 62% dans le rural. Les supérettes et les alimentations (magasins non spécialisés) perdent également davantage d’établissements dans les communes rurales, même si le niveau général d’activité continue d’y progresser. Un diagnostic semblable peut être dressé pour l’horlogerie et la bijouterie et les débits de boisson.

Un petit commerce de proximité semble pourtant trouver sa place dans les communes rurales. En effet, le commerce de fleurs, le textile – en recul par ailleurs dans les communes urbaines-, les produits laitiers et la coiffure s’y sont davantage développés que dans les unités urbaines. Dans les secteurs de l’habillement, de la restauration (à la fois traditionnelle

et rapide) et du commerce de détail divers en magasin spécialisé, le développement du nombre de magasins profite essentiellement aux unités urbaines, et la croissance est moins forte dans les communes rurales. A contrario, certaines activités commerciales subissent une baisse globale du nombre de magasins, mais à laquelle le rural résiste mieux.

Les communes rurales résistent un peu mieux également face au déclin de leurs charcuteries et de leurs pâtisseries.

L’implantation commerciale de l’électroménager, radio et télévision résiste mieux en milieu rural mais cette activité y enregistre un fort recul de son chiffre d’affaires. Les communes rurales disposent en revanche d’une attractivité forte face aux communes urbaines pour l’implantation d’établissements qui nécessitent des grandes surfaces de vente. Ainsi les commerces de bricolage, d’optique et de photographie, de meubles et d’équipement du foyer, d’articles de sport et loisir ainsi que les supermarchés, hypermarchés, magasins populaires et grands magasins se sont vivement développés dans les communes rurales. Cette expansion d’un certain type de commerce vers les communes rurales, conjuguée à celle de la population, semble dessiner un nouveau

visage du rural. Les communes rurales ont attiré beaucoup d’activités nécessitant une grande surface de vente. On compte ainsi désormais davantage de supermarchés et d’hypermarchés, de magasins de bricolage ou de meubles et d’équipement du foyer dans le rural. Mais les communes rurales subissent un plus fort déclin d’une partie de leurs commerces de proximité : moins de supérettes et d’alimentations, moins de débits de boissons. Un nouveau visage du commerce rural ou un nouveau visage du rural ?

 

  1. Commerces et services en milieu rural : l’exemple de la Picardie

Commerces à Flesselles – Commerces à Flesselles Crédits : CRDP d’Amiens

Flesselles (Somme)

Flesselles est une commune rurale du canton de Villers-Bocage.

À proximité de la capitale régionale, les habitants de ce bourg étaient connus au XIXe siècle pour effectuer fréquemment le trajet vers la ville et ses marchés. Les blatiers faisaient ainsi le transport des grains, les artisans celui de lattes de bois dispensables à la construction des maisons picardes.

La commune a connu depuis les années 1960 une évolution démographique originale dans le département. Du fait de l’aménagement d’une zone industrielle à quelques kilomètres, Flesselles connaît un phénomène de périurbanisation, qui met fin à une déprise entamée en 1851.

La population est passée de 653 habitants en 1962 à 2066 en 2010. Passant le seuil des 2000 habitants, de commune rurale, elle devient urbaine, mais aussi commune dortoir. La route départementale D933 est chargée d’automobilistes effectuant un mouvement pendulaire vers Amiens et la zone industrielle.

Les commerces cherchent à se maintenir en affichant leurs publicités le long de cette route.

La fermeture de la boulangerie à Gandelu (Aisne)
Boulangerie de Gandelu – Boulangerie de Gandelu Crédits : CRDP d’Amiens

Avec 675 habitants recensés en 2009, la commune de Gandelu, a vu sa population doubler depuis une génération. Ce qui n’empêche pas la fermeture de sa boulangerie au mois de juillet 2011.

L’événement plonge dans l’embarras ses habitants et ceux des communes voisines dont les boulangeries ferment également.
La mise en place d’un dépôt de pain à Gandelu, par le dernier commerçant du secteur, le propriétaire de l’hôtel-café de la Croix des Marais, ne satisfait personne.

Le maire met alors un local à la disposition d’un boulanger venu du département voisin de Seine-et-Marne.

Aujourd’hui, à la Maison pour tous de Gandelu, un bénévole vend quotidiennement 40 à 80 baguettes, le maire lui-même se déplaçant en cas de besoin d’une quantité supplémentaire.

Ceux qui souffrent le plus de la déprise du commerce local sont les plus vulnérables, soit par leur manque de mobilité, soient par leur âge et leur dépendance. Les autres se fournissent sur le trajet quotidien qui les mène à leur lieu de travail.

Avec 33.000 points de vente en France, la boulangerie artisanale est le petit commerce qui résiste le mieux à la grande distribution. Mais la consommation de pain diminue, la disparition de l’activité de boulangerie ne dérangera peut-être plus personne…

L’épicerie de Revelles, un archaïsme économique ?
Epicerie de Revelles – L’épicerie de Revelles Crédits : CRDP d’Amiens

Les épiciers, boulangers, bouchers, etc. exercent, aux cotés des artisans, des activités historiques liées à la vie au village.

Ces commerces de proximité sont en perte de vitesse, au profit des plus grandes surfaces.

Un renouveau rural concerne les campagnes périurbaines. Mais les habitudes de consommation, motorisées, ont changé. Les consommateurs préfèrent le large choix et les bas prix affichés par la grande distribution. L’épicerie a dû évoluer au cours de ces années pour survivre, se transformant parfois au village en supérette. L’épicerie de Revelles, village de 544 habitants à l’ouest d’Amiens, semble un archaïsme économique.

Saint-Ouen : une ancienne charcuterie transformée en habitation
Charcuterie transformée en habitation à Sain-Ouen – Charcuterie transformée en habitation à Sain-Ouen Crédits : CRDP d’Amiens

Dans certains villages, les commerces délaissés sont transformés en habitation. Suite à l’effondrement de l’industrie textile, puissante à Saint-Ouen, et à la concurrrence des centres commerciaux des villes voisines, le charcutier a fermé son commerce et transformé sa vitrine en lieu d’exposition d’animaux naturalisés !

Déprise humaine dans le Saint-Quentinois
Café abandonné dans le Saint-Quentinois – Café abandonné dans le Saint-Quentinois Crédits : CRDP d’Amiens
Les anciens commerces abandonnés ne sont pas rares en milieu rural. Les enseignes témoignent encore de leurs anciennes fonctions : café-bar, auto-école, etc.

La halte épicerie de Tricot
Halte épicerie de Tricot – la halte épicerie de Tricot Crédits : CRDP d’Amiens

L’habitat est constitué de maisons modestes, souvent sans étage, construites en briques, alignées le long de la route. La rangée à droite de la chaussée en est séparée par un espace enherbé, dernier vestige de l’ancienne ruralité.

Une modeste « halte-épicerie » permet le ravitaillement en produits d’usage courant.

Le maintien des services en milieu rural
Bureau de poste à Molliens-Dreuil – La Poste à Molliens Crédits : CRDP d’Amiens

Molliens-Dreuil, 900 habitants, est un bourg rural, chef-lieu de canton, qui assure par ses commerçants, artisans, médecins, infirmières, kinésithérapeutes, dentistes, gendarmes, huissier, etc. les services de la vie quotidienne aux populations des campagnes voisines.

Seule, La Poste, dans des locaux rénovés, fournit un service financier.

Elle reste souvent la dernière présence de l’administration et contribue à lutter contre la dévitalisation des campagnes éloignées des grandes villes.

Le cinéma de Saint-Just en Chaussée
Cinéma de Saint-Just-en-Chaussée – Le Cinéma de Saint-Just-en-Chaussée Crédits : CRDP d’Amiens

Ce chef-lieu de canton de 4000 habitants, situé en plein plateau picard, a fait l’effort de restaurer le cinéma, que complète une antenne parabolique permettant de recevoir des images transmises par satellites. Ce lieu de distraction et de culture bénéficie à population du bourg et des villages avoisinants.

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